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Daft Punk
Discovery
Daft Punk

47.Discovery

Daft Punk
Electro
Virgin   (Album Original )

France  03/2001

Oui, ne jamais montrer son visage, c'est vrai que ça permet d'entretenir un certain mystère
  
 


 



1. The Beatles..
2. The Velvet Undergrou..
3.  Godspeed you Black ..
4. The Magnetic Fields..
5.  Pulp..
6. The Clash..
7. The Beach Boys..
8.  Lou Reed..
9.  Andrew Bird..
10. The Stone Roses..
11.  Sufjan Stevens..
12. The Kinks..
13.  David Bowie..
14.  Nick Drake..
15. The Nice..
16.  Bjork..
17. The Left Banke..
18.  Bob Dylan..
19.  Radiohead..
20.  Silverchair..
21.  Sagittarius..
22.  Patti Smith..
23.  Blur..
24.  Serge Gainsbourg..
25.  X..
26. The Smiths..
27. The Zombies..
28.  Bran Van 3000..
29.  Brian Eno..
30.  Jonathan Richman..
31. The Mamas & Papas..
32. The Doors..
33.  Sonic Youth..
34. The Arcade Fire..
35. The Apartments..
36.  Pink Floyd..
37.  Neil Young..
38.  Depeche Mode..
39.  Tindersticks..
40. The Stooges..
41.  Jorane..
42. The Sonics..
43. The Pixies..
44. The Chemical Brother..
45.  Air..
46.  Van Morrison..


48.  Bruce Springsteen..
49.  Television..
49.  Van der Graaf Gener..
50.  Ratatat..
51.  MGMT..
52. The Moody Blues..
53. The Sparks..
54. A Silver Mount Zion..
55.  Love..
56.  Soulwax..
57.  Chris Isaak..
58.  Belle & Sebastian..
59.  Death in Vegas..
60.  Scott Walker..
61.  Elvis Costello..
62. the Beastie Boys..
63.  Tori Amos..

    Quel plaisir de pouvoir dire tout le bien que je pense de la meilleure formation que la France ait connu depuis Noir Désir! Quel plaisir de pouvoir ainsi parler du plus bel album électro que le monde ait connu, ou en tout cas le plus ambitieux qui soit, le plus boulimique !.. Je ne dirai rien par contre du mal que je pense de ces piètres détracteurs, qui à chaque album des Daft (pour faire intime) s'amusent à dénigrer ces artistes jugés sans doute trop médiatiques et trop « grand public » (vu le son ténébreux et inclassable créé par ce groupe, ils doivent vraiment être sourds), alors que pourtant, à chaque nouvel album ces mêmes sous-censeurs nous donnent du : « ah mais qu'a fait Daft Punk avec cette album ? On est loin de la perfection de leur dernier album!» . Si, si c'est vrai, ça l'a fait deux fois de suite en fait : à la sortie de Discovery, c'était l'intelligentsia électro qui se mit à dire au diapason qu'on était à des années lumières du manifeste électro que reste Homework, et que les Daft Punk ont perdu leur « âme »… Et rebelote à la sortie de Human after all, les mêmes critiques se mettent à encenser Discovery (qu'ils avaient pourtant fustigé quelques années avant), pour pouvoir mieux incendier ce dernier album. Mais avez-vous si peu de mémoire, Messieurs ? Bon certes il y a d'autre cas de figure : les Inrocks par exemple qui s'amusent à se placer comme les défenseurs des Daft Punk, en vantant les mérites du dernier album, et en défendant du même coup le précédent, Discovery (alors que pourtant le critique des Inrocks qualifiait alors les Daft Punk de Sous Cerrone! Eh oui, que du mensonge, tout ça, pire que l'hypocrisie, l'opportunisme…). Bref, honte à nous tous , qui n'avons pas pris les Daft Punk, groupe roublard et très malicieux, né des ruines d'un groupe rock et noisy anecdotique, Darlin' (car le rock, le « punk » stupide comme ils se sont définis de manière joliment pléonastique, n'a jamais vraiment quitté le son du groupe), c'est-à-dire la place d'un duo au parcours tout tracé, aux ambitions rendus transparentes par la musique même. Je m'explique, connaissez-vous un groupe capable, par un petit changement de registre, une petite nuance de son au cours des pistes de leur album, de vous faire comprendre une nouvelle orientation musicale. Daft Punk, eux, y arrive. Et magistralement. En fait, écouter Daft Punk, c'est un peu comprendre au fur et à mesure toute l'histoire en marche d'un groupe, son passé et son avenir, c'est comprendre aussi une grande partie de l'électro farnçaise, depuis la galvaudé French Touch, jusqu'à aujourd'hui… Daft Punk est un livre ouvert. On peut ressentir la même impression en écoutant les albums de Neil Young, où l'album soi-disant calme laisse entrevoir des sons plus caverneux, qui annonce le prochain album grunge… Il y a forcément plein d'autres exemples, et des meilleurs mais je préfère donner celui-ci (car en Neil Young, il y a l'idée d'intégrité, celle-là même que je retrouve dans les Daft Punk). En fait, dans ce registre de « la musique en tant que livre ouvert », Daft Punk va encore plus loin.

  Prenons Homework , leur exercice maison, composé de maxis et de tous les singles qui ont fait leur célébrité ( Around the world , Rollin' and scratchin ', Burnin ', et surtout Da Funk , l'un des plus mélodiques). L'album ne fait pas moins que réinitialiser la musique électronique française. Avec d'autres pionniers, nommés Etienne de Crecy (et son Superdiscount), MotorBass, ils font de la France un phare orientant toute la nouvelle génération techno, house et pas seulement (ouahhh !). Homework fait d'ailleurs plus que tout redéfinir : il créé sans le vouloir un nouveau genre, finalement plus proche d'un certain classicisme contemporain : un genre minimaliste , proche des morceaux les plus entêtants de Philipp Glass… Ecoutez Burnin' , prenez le temps de considérer ce que vous écoutez, ce son répété jusqu'à plus soif, c'est presque à rendre fou… Et Alive aussi, morceau nettement moins connu, mais pourtant encore plus viscéral. C'est un album d'une intégrité incroyable, sans concession : on adhère ou on déteste, c'est tout… En fait, souvent, on veut se forcer à dire qu'on adore Homework , parce que « ça le fait », parce que, voilà, tout le monde se doit de citer ce premier album. Bien sûr aujourd'hui, l'influence de l'album n'est plus à démontrer, mais il n'empêche qu'il laisse toujours planer un sentiment de malaise, avec ce son sale, pas filtré pour un sou, et livré à l'état brut. Sans doute le côté crado hérité de leur ex-formation noisy… Et voilà que par la suite donc, les Daft Punk se décident à un peu plus « lisser » ce son qui aura fait leur marque de fabrique. Ca commencera par des remixes assez prestigieux. Le Mothership Reconnection de Scott Groove, où Bangalter et de Honem Christo découvre les joies du son « spatial », (reduit ou expansé) et plus propre du même coup. Le nettoyage à sec aboutira à une nouveau formation de circonstance : Stardust, qui accouchera lui-même d'un tube planétaire : Music sounds better with you. Stardust, par cette musique nickel-chrome, redéfinit les bases de l'électro. C'est dans sa droite ligne que nous aurons la joie de bouger sur les dancefloor sur du You don't know me de Armand van Helden, du Get get down de Paul Johnson, ou autres Africanism (et même du Bob Sinclar à l'époque où il ne s'était pas encore damné). Un nouveau son, donc, qui n'a plus le son crépitant, sale et mal ajusté d'Homework, mais qui amène au contraire la musique électronique vers un style plus sage, plus propret, la house music , ce fameux son qu'on associera à la fameuse French Touch … jusqu'à la nausée. Une aventure qui ne durera que peu d'années…

  Daft Punk a dû le sentir avant de composer le deuxième album ; que faire face à une telle impasse : tant de groupes ont pillé Stardust, et les fulgurances de ses remixes, que faire quand tous les autres ont à ce point saccagé ce qu'ils ont aidé à créer ? Eh bien plus qu'à composer une musique qui enterre à jamais ce son filtré, une musique presque ironique, pour tranquillement passer à autres choses : cette musique, ce sera One more Time , le premier single du deuxième album, tube somme toute assez agaçant. Avec ce son inaugural ressemblant à des cuivres, le plaçant dans une grandiloquence que même les Chemical Brothers n'assumerait totalement. Mais c'est un morceau des plus passionnants si on se met à le « lire »… Oui, comme je disais tout en Daft se lit dans sa musique. One more time est le premier titre de l'album, son intro, qui fait pont entre le précédent style (la house « french touch  fin XXè siècle à la Stardust ») et celui à venir (encore inconnu… jusqu'à la sortie de l'album), Romanthony prète passé au vocoder (encore une invention, un filtre démocratisé par les Daft Punk, et qui sera repris par nos pop star féminines préférées, Cher et Madonna, entre autre…) pour un morceau assez mélancolique… Au beau milieu, un pont, un slow, qui nous demande de continuer une dernière fois, avant qu'il ne soit trop tard, la danse n'est pas finie, car même si la french touch est morte, il existe toujours une issue. Oui voilà ce qu'on peut comprendre dans les paroles débiles de la musique. La montée très belle au beau milieu avant le final nous force à reprendre la dance, à se motiver une dernière fois, sur un fond d'apocalypse (celui de la fin de l'hégémonie électronique française… enfin pour ce que j'en dis) . Voici donc le livre Daft Punk, épisode Discovery à son premier titre, passons à la deuxième piste où tout est enfin expliqué : quel est donc le nouveau Daft Punk à venir ? La piste commence par une cloche funèbre, très annonciatrice: il est temps de passer aux choses sérieuses après le brave délire de Romanthony. Après le dong donc, Daft Punk nous refait d'abord le coup de la house à la Stardust, un son filtré et spatial comme dans Mothership connection , un début de piste tout à fait agréable en somme. Quand tout à coup… stupeur… Non, on ne rêve pas, ce n'est pas un remix de Too many dj's qui nous réunit Van Halen et Stardust pour le meilleur et pour le pire (ce serait un peu anachronique !), c'est bien Bangalter et de Honem Christo qui utilise ce riff de guitare quasi démodé, à la Eruption de Van Halen donc… Ce riff n'est soutenu d'aucun son. Il coupe net la house précédente. On en est à la deuxième piste, et pour la première fois, les Daft utilisent une guitare dans leur musique. Car Aerodynamic (nom de cette deuxième piste) n'est pas qu'un nouveau single en l'air, c'est bel et bien la meilleure réponse à toutes les tergiversation sur le renouvellement de la house music. Daft Punk recrée son style, son propre univers (manga, 80's), que cette fois-ci plus personne ne pourra suivre. Après le dong de fin, ce sera Digital Love , musique d'une douceur incroyable, proche du son des Buggles (vous savez, ceux qui chantent Video killed the radio star ), qui est forcé de plaire à tous, puis Harder, better, faster stronger, où Daft Punk invente le voice guitar, puis Crescendolls, où ils se prennent pour les nouveau Kool and the gang dans un morecau funky et fiévreux. etc etc… C'est un disque un peu à l'ancienne : on aura droit à une face A, suite de tubes imparables (qui suivent donc les tribulations de la série en mangas déguisés en clips), puis une rupture, un morceau calme, fait de vague planante, précédent LA bizarrerie de l'album, entre kitscherie, naïveté grisante et cynisme : Superhero , machine reprenant la rythmique opressante d' Alive . Puis une face B, très calme, avec quelques pépites, Face to face , ou Veridis Quo (quel jeu de mot) qui maintient encore une certaine diversité (orgue religieux, soul,..), et qui remet aussi en marche la machine salissante « Daft Punk ». Le son se remet à être sale, crépitant et très noisy, punk en fait. Retour au son de l'origine ? Non, sinon, à quoi bon avoir autant de chemin. Disons que Daft Punk a utilisé tous les styles de Discovery pour se rechercher un son parmi toutes ces influences, Un peu comme Damon Albarn qui enrichit Blur de ses trouvailles maliennes ou celles faites auprès des Gorillaz.
  Daft Punk s'est refait un nouveau son, et n'a plus qu'à fausser compagnie après un dernier cour-circuit. Plus qu'à faire une piste en guise d'adieu, conclusion d'un album pourtant déjà si riche. En guise d'épilogue au chapitre Discovery donc, Daft Punk joue habilement avec nos sentiments. Alors que One more time devait faire office d'adieu à la house moribonde, le vrai adieu était en fait caché dans cette dernière piste. Too long , chanté par Romanthony (pour ne rien rajouter à la mise en abyme par rapport au titre initial) commence tel un morceau funky, loin du style Daft Punk. Puis tout à coup, au beau milieu, un son se met à monter, un son house à la Stardust, qui une dernière fois prend le control de la musique. La voix annonçait cette venue. Et maintenant que les accords dignes de cuivres d'une symphonie (non non, je ne m'enflamme pas) ont fait leur apparition, la voix reprend le flambeau pour nous dire : « You know you need it, I need it too, » etc etc (Gonzales, dans sa belle reprise de crooner, aura bien compris l'importance de ces mots). Car même si la house est morte, ce son est nécessaire, elle est la sève de toute une vague électro française, et même si la variété des styles aura fait la beauté de cet album maximaliste (à l'inverse du minimaliste de Homework ), c'est sur les ruines de la house seulement qu'il a pu se bâtir. Discovery est un chapitre magnifique dans le roman Daft Punk . Le plus ambitieux et le plus limpide aussi.

  Bien sûr dans cet article déjà beaucoup trop long, je pourrai aussi m'amuser à vous faire une (fausse) interprétation du chapitre Human after all , nouveau procès envers les Daft Punk, où je vous raconterai que la nouvelle identité sonore du duo était en fait déjà anoncée dans Discovery (Short circuit ..) et surtout dans leur dernier remix, celui de Take me out de Franz Ferdinand (à coup d'interférences oppressantes) : oui Human after all est un bel album, un peu un retour au minimalisme (parfois même plus monomaniaque que le pistes de Homework) qui, si on oublie la débilité affligeante des titres ( Television rules the nation , Prime time of your life ) qui dans l'idée pourraient rivaliser en démagogie avec Assassin de Kassovitz, renferme au moins cinq morceaux grandioses : Prime time of your life (avec son finale en transe), Emotion (dont le titre résume bien le propos), Brainwasher (l'angoisse assurée), Steam machine, et même l'amusant Robot Rock. Oui, Daft Punk est bien un livre ouvert. Aujourd'hui, notre duo vit son nouveau chapitre, plus rock qu'à ses débuts, mais finalement proches de leurs premiers amours. Ils avaient d'ailleurs refusé toute interview de promotion en expliquant simplement ceci : «  notre musique parle d'elle même  ». Après toutes ces conneries que je viens de vous raconter, je ne vais certainement pas leur donner tort. So long Daft Punk! A quand le prochain chapitre?

A ne pas manquer:
    Too long
    Harder better faster stronger
    Digital love
    Aerodynamic

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    Etienne de Crécy
    Demon
    Gonzales