Une petite précision concernant les albums « électroniques », concernant les grrrands groupes électroniques, reconnus même par les néophytes du genre, -c’est dire leur influence-… en fait plus qu’une précision, une règle qui, semble-t-il, concernera tous les albums de groupes présents dans cette liste d’albums rock (Daft Punk, Air, DJ Shadow, Chemical Brothers,…) : eh bien leur meilleur album « rock » ne sera en aucun cas le chef d’œuvre du groupe dans leur genre de prédilection (l’électro), c’est-à-dire celui reconnu par tous les gens un peu amateurs du genre cité.
Exemple à l’appui, ici, quand Death in Vegas fera Scorpio Rising un album magistral, rock, grâce à de nombreux featuring de goût (Liam Gallagher, Hope Sandoval,…), il aura fait au préalable l’album de sa consécration, électro, hypnotique et gothique, référence absolue, l’inégalable Continuo Sessions (l’inoubliable hymne funèbre, Dirge, et la douce voix d’Iggy Pop ici et là). De même Bangalter et de Christo des Daft Punk restent les précurseurs de la french touch par leur minimaliste Homework, manifeste électro, détenteur d’un style et d’une intégrité quoiqu’on en dise (ne pas se méprendre que leur dernier album Human after all renoue avec brio avec ce style répétitif), mais ils demeurent aussi des légendes pop vivantes par leur alliance rock-machine, électro-guitare, dans le bouillonnant Discovery. Et on en passe et des meilleurs : Endtroducing est l’album référence electro-hip-hop (baptisé ici abstract hip hop) de DJ Shadow, alors que son album « rock » est le magnifique Private Press (mouais…) ; Air sera rentré dans le panthéon de l’électro grâce à son Safari lunaire, mais aura tutoyé les cimes des cieux rock (wouah..) dans le sous-estimé 10000 Hz Legend, etc etc…
Et après tout, je trouve ça tout à fait normal comme distinction : pourquoi le grand album électro d’un groupe serait-il aussi son album le plus rock, les deux genres ont quand même certaines frontières (bon, d’accord, on peut parler de Suicide, de Brain Eno, mais durant la dernière décennie, hormis le cas Radiohead, le cloisonnement des genres est devenu assez distinct).
Donc pour nos amis de Death in Vegas, sans cesse en renouvellement (après un boulimique Dead Elvis, un sombre et monomaniaque Continuo Session, un lumineux Scorpio Rising, place aujourd’hui aux influences kraut rock et minimaliste de Satan Circus, sans consession pour l’auditeur et les fans mêmes ! Pour ma part j’avoue qu j’ai un peu décroché…), on peut leur avouer un talent à la catharsis rock, phénomène divin qu’on retrouve dans chaque album, et à chacune de leur prestation scénique : qu’il s’agisse de Dirge ou du duo Leather/Girl, Death in Vegas sait à merveille amorcer une accélération rythmique, de bruits blancs de guitares ou de synthé, de violons, bref un crescendo musical arrivant un paroxysme proprement orgiaque (oulah), oui, un véritable orgasme quand sur scène, les guitares accélèrent sur la dernière phase de leur piste, au bout de plusieurs minutes, Dirge ou Girls deviennent (déjà par leur cris de jouissance féminines) la plus belle expérience de partouze collective (un pléonasme encore? où ça?). Plus qu’une transe, les musiciens de Death in Vegas font ressentir à merveille cette montée en puissance que l’on attend de chaque groupe de rock, mais sur laquelle on est trop souvent un peu déçu au final. Equipé, semble-t-il, de près d’une dizaine de guitare sur scène, le groupe n’a même plus besoin, lui, des voix des invités prestigueux en guest sur l’album, non, les samples de voix suffisent et le déluge de six cordes n’a plus qu’à faire le reste. Il s’agit là de musique primale, de sons que l’on attendait à travers les âges, simples à l’écoute, qui nous malaxent immédiatement les sens, un peu ce à quoi aurait toujours dû ressembler le rock !
Et le reste de l’album sorti de ces deux pistes d’intro ? Une succession (éclectique) de morceaux de bravoure, du rock post-grunge anglais du titre éponyme, au grunge ultra-classique ricain de So you say you love, de l’électro obsédant de Hands around my throat et de Natja, aux élégies féminines de Lies ou Diving horses (célestes), en passant par la voix sublime de Hope sandoval qui illuminera la conclusion Help Yourself, et surtout Killing Smiles, la plus magnifique ballade (un brin country) à voix féminine d’un groupe électro (genre qu’aura créé les Chemical Brothers dans l’excellent Surrender avec Asleep from a day, dont nous aura écoeuré Air France et surtout auquel l’ex Mazzy Star aura déjà prêté la sublime voix de sa sublime personne, dieu, que je l’aime…). Certes il s’agit là d’un album bien plus facile à l’écoute que Continuo Sessions (on ne parle même pas ici du dernier opus Satan Circus, sorti quasiment sans maison de disques), peut-être moins riche au final, mais qu’importe, il ne faut pas s’en cacher, le rock c’est aussi ça: pouvoir toucher l’émotion des gens sans calcul, de la manière la plus simple et la plus directe ! yeahhh… et hop je me réécoute en boucle Leather/Girl, puis je me remets un’ptit coup de Dirge, mes pensées fixées sur Hope Sandoval, l’âme en voyage pour un aller-simple en Amérique centrale…
A ne pas manquer: Leather/Girls
Scorpio Rising
Killing smiles
Help yourself